Topic-icon Tidjie

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il y a 3 ans 8 mois #32952

Je viens vous raconter une histoire singulière, celle d’une chienne épagneul breton.
Tout commença un jour au mois de février où elle est née. Alerté par un coup de téléphone de la naissance un rendez-vous fut fixé pour que j’aille voir la portée. Un peu plus tard je suis donc allé voir la portée pour faire mon choix parmi toutes ces petites boules de poil. Au milieu du chenil une petite boule de poile un peu plus claire que les autres, aux grands yeux bleus, gauche comme pas deux, est venue tout de suite me voir. Son premier geste envers moi : commencer à mordiller les lacets de mes chaussures. Ce petit bout de lien quelle a commencé à mâcher a eu pour effet de créer entre nous un lien indéfectible. De tous les chiots de la portée ce serais elle et pas un autre. Elle porterait le nom de Tidjie.
Quelques semaines plus tard j’ai pris la route pour un village à coté de St Etienne. Ce jour-là, j’avais prévu un carton avec une serviette au fond pour pouvoir y mettre Tidjie. Quand je suis arrivé au chenil elle m’a fait le même accueil que précédemment. Elle a courue vers moi et est a recommencé à me mordiller mes lacets. Cette fois j’étais prévenu, il ne faudra pas laisser trainer de chaussures :cligne: .

Une fois installée dans son carton à l’arrière de ma voiture, nous avons pris la route pour un petit village d’Ardèche. Là elle fera la connaissance de mes parents qui n’étaient pas au courant de sa venue. Le trajet fut pour le moins animé. Tidjie était malade et après seulement quelques kilomètres elle avait rendu tout son repas dans le carton. Premier arrêt pour nettoyer ce que je pouvais et on reprend la route. Cette chipie ne voulant plus rester dans le carton elle trouva rapidement sa place sur le tapis de sol de ma 206. Tapis qu’elle inaugura à plusieurs reprises. La voyant très malade j’ai fait toutes les aires d’autoroute ou presque pour lui faire prendre l’air régulièrement. A chaque fois elle me regardait avec ses grand yeux bleus avec un air qui voulait me dire « mais qu’est ce qui m’arrive».
Arrivé en Ardèche j’ai pris cette petite boule de poil dans mes bras, j’ai ouvert la porte de chez mes parents et j’ai monté les escaliers. Mes parents très surpris ont commencés à dire que ma sœur et moi étions fous que c’était beaucoup de contraintes etc etc. Peu importe, dès que la bestiole les a regardés ils ont été conquis.

Comme je le pensais mieux valait ne pas laisser une paire de chaussure et elle en mangea quelques paires. Elle ne se contenta pas de cela, elle mangea aussi quelques câbles de téléphone, quelques plinthes mais aussi les barreaux de quelques chaises. En appartement, ma sœur trouva son éducation très pénible et la liste des bêtises fut longue avec comme summum, des oreillers éventrés. Imaginez quelques oreillers avec de la matière compressée à l’intérieur, que vous déchiquetez au milieu d’un salon : cela donne quelque sacs poubelle et d’aspirateur bien rempli ainsi qu’une crise de nerf pour ma sœur.

L’éducation effectuée la bestiole devint une adorable « fifille » et ce fut pour elle sa rentrée des classes à l’âge de 8 mois. Je me souviens encore du premier gibier tiré dans un quartier nommé « chasser ». Au détour d’une rangée de vigne basse ma boule de poil s’arrêta net avec les oreilles droites. Tournant la tête de gauche à droite pour marquer sa surprise elle regardait avec insistance quelque chose dans la rangée. A mon arrivée une perdrix décolla et bien ajustée, je la cueillie d’un coup de 6. Tombant dans une terre en contre bas de moi j’ai eu le plaisir de voir ma « Titi » courir dans la direction du perdreau. Arrivé à son niveau, ma chienne sentit cet oiseau et s’assis à coté mordillant les plumes d’une aile. C’était sa première pièce de gibier et je m’en souviens comme hier. A mes yeux c’était son perdreau et depuis ce jour-là elle connut pour cet oiseau un amour indéfectible. Plus que tout autre gibier elle fut marié avec cet oiseau. Plus qu’avec tout autre gibier elle l’aimera plus que tout autre et ce jusqu’à sa mort.
Le temps passant elle me fit tuer bien d’autres perdreaux, bien d’autres faisans et bien d’autres gibier, s’affirmant à chaque fois un peu plus dans ses arrêts, dans ses rapports et dans sa quête en général.

A un an et demi au mois d’octobre ce fut ses premières sorties au bois pour tenter d’y trouver des bécasses. Aussi néophyte quelle dans cette chasse j’ai commencé cette chasse dans un quartier nommé « magnaou ». A plusieurs reprises je savais que les piqueurs avaient levé des bécasses dans ce bois et j’entrepris avec ma chienne de tenter notre chance. J’ai eu le plaisir dès notre première sortie de voir ma chienne prendre un arrêt sur une bécasse, bécasse qui nous joua le fil de l’air sans que je puisse la tirer. Il nous fallut plusieurs sorties pour pouvoir enfin en cueillir une mais ce jour-là quelle plaisir, quelle joie, pour elle comme pour moi. Après avoir coulé plusieurs dizaine de mètres elle avait réussi à bloquer cette bécasse au bord du clair. Arrivant à son niveau je caressais ma chienne quand la bécasse décida de prendre son envol, elle est montée en chandelle le long d’un tronc avant de retombée lourdement au sol arrêté net par mon coup de fusil. Ma chienne part en trombe la chercher mais rien. Pas moyen pour elle de la trouver pourtant la bécasse est tombée sèche. Au bout d’un moment ma chienne capte enfin l’émanation de la bécasse et tourne autour du pied d’un arbre. La bécasse est restée coincée dans la fourche d’une branche. Un petit coup d’épaule contre l’arbre et la bécasse tombe au sol. Après quelques instants ma chienne fut récompensée et a eu le plaisir de retrouver sa première bécasse.
Je me souviens de toutes ses premières fois comme si c’était hier. Je me souviens de son premier lièvre. Chez nous, le lièvre n’est pas ouvert tous les jours et l’on ne peut le tirer que dans certaines conditions comme le fait d’être en dehors de la plaine. Chassant principalement en plaine je peux vous dire que dans 99% des cas les lièvres qu’elle m’a fait voir, je n’avais pas pu lui en tirer un seul. A l’arrêt dans des herbes hautes au fond d‘un petit ruisseau pour une fois j’étais dans une zone où j’avais le droit de le tirer ! Pensant que c’était un faisan ou un perdreau bloqué dans les herbes, je m’étais avancé à son contact quand j’ai entendu « pvouuff ». Surpris, n‘ayant pas de visibilité au-delà de 6-7m voulant absolument lui tirer, j’ai envoyé mon coup de 6 au coup d’épaule. A 6-7m m’ont coup avait quasiment fait balle et je l’avais littéralement décalotté. Ma chienne qui était allé le chercher me la rapporté mais elle s’était mise dans un état… Couverte de sang sur les pates avant et sur le cou c’était à prendre peur, mais quel plaisir de la voir avec son lièvre en travers de la gueule.

Je me souviens aussi de son premier « bobo ». Sentant quelque chose elle était rentrée dans des ronces et descendu au fond d’un ruisseau. Après avoir brassé le fond du ruisseau je l’ai entendu couiner. Malgré mes appels je l’entendais encore couiner. Comprenant que ce n’était pas normal j’ai donc sortit le canif et je suis rentré dans les ronces et les buissons à fond la caisse. Arrivé en bas je l’ai trouvé dans un trou, de l’eau jusqu’à la gueule et la patte coincé au fond du trou. En m’allongeant sur le sol, j’ai réussi à lui décoincer la patte et à la sortir du trou mais mon pantalon et ma veste n’y auront pas résisté. Si le jour même tout allez bien le lendemain elle ne pouvait presque pas poser sa patte alors on l’a amené chez le vétérinaire. Sa patte ne se sera jamais vraiment soignée et elle aura toujours été fragilisée. Mais cela ne l’a jamais empêché de chasser.

Je me souviens d’un jour où il y avait eu un lâcher de faisan. Je chassais avec mon père. Ce jour-là, ce fut un véritable festival. Elle nous gratifia de nombreux arrêts alors que nous rentrions à la voiture, Tidjie commença à rentrer dans les ronces. Comprenant tout de suite le pourquoi j’ai tout fait pour éviter qu’elle n’y rentre. J’ai même essayé de la bluffer en mettant un faisan au sol et en tirant un coup en l’air. Forcément elle est venue, a senti le faisan mais la laissé sur place et est retourné dans les ronces malgré mes appels. Le problème c’est qu’avec un faisan dans des ronces il arriva ce qui devait arriver : elle en sortit avec le faisan en travers de la gueule sans que nous ayons tiré un coup de fusil nous faisant franchir la barre autorisée des 2 faisans par jour et par personne…

Je me souviens d’un autre jour, toujours pour un lâcher, où nous chassions avec mon père. Elle s’était mise à l’arrêt dans un « abouli » (un pré abandonné où de grandes herbes poussent avec de petits buissons). Je n’étais pas trop étonné de la voir à l’arrêt à cet endroit car il y avait pas mal de lapin à cet endroit. M’avançant à la droite de ma chienne, mon père avançant à sa gauche, elle rompit l’arrêt pour avancer en courant vers le bord du ruisseau. Arrivé à son niveau j’ai vu une bécasse, les plumes de la queue levée. En une fraction de seconde, la bécasse a décollée et je l’ai loupée. Ma chienne n’en a pas fait cas et a recommencé à chasser comme si de rien n’était. On a continué à remonter le ruisseau jusqu’à une petite portion de bois que je connais comme étant une remise. Là elle m’a pris une bécasse a l’arrêt que je lui ai tué. Elle a ensuite pris un faisan à l’arrêt que mon père lui a tué. On a redescendu le ruisseau jusqu’à une retenue d’eau artificielle. Là, alors que nous discutions avec mon père, ma chienne a levé la tête très haut pour humer le vent. A peine je me suis rendu compte de cela qu’un couple de canard décolle. J’ai fait le doublé tombant les deux canards. Ma chienne ayant vu tombé la canne elle est partit à la nage la chercher mais s’est prise dans les branches d’un arbre tombé dans l’eau. Je me suis déshabillé, j’ai attaché ma laisse à un arbre et à ma ceinture et je suis allé la chercher dans l’eau. Son regard terrifié en disait long et quand nous sommes sortis tous les deux de l’eau glacée sain et sauf elle m’a fait une fête terrible !

Je me souviens d’un jour où notre route a croisée une sorcière. Je vous ai déjà fait partager l’histoire de cette chasse à ma sorcière et je vous ai déjà dit à quel point j’ai regretté cette bécasse mais s’il y a une chose que je ne regrette pas c’est d’avoir réussi à servir ma chienne comme elle m’avait servi.

Je me souviens d’une multitude de souvenirs. Des bons moments, comme certains de mauvais, comme quand la journée de chasse devenait une journée de dressage pour la faire caler. Ma chienne n’est pas morte non, elle est encore en vie, mais j’ai appris il y a peu qu’elle avait un cancer généralisé et qu’elle ne serait plus bientôt.
Avant de la perdre je voulais lui faire un dernier hommage en écrivant ces quelques lignes. Elle restera toujours ma fifille, ma cocotte, ma tête de mule, ma bourrique, ma Titi, ma belle, ou bien encore comme disait mon fils ou ma femme « ma tidjouille ». Je n’ai jamais oublié ma chienne « Lady » que j’avais eue quand j’étais enfant. Alors non Tidjie, non je ne t’oublierais pas non plus ! Merci pour tous les moments que nous avons passés ensemble et merci pour tout ce que tu m’as apporté. J’espère que la mort viendra te prendre dans ton sommeil couchée au pied de l’un de nos lits.

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il y a 3 ans 7 mois #32959

Très sympa l histoire de Tidjie :bienjoue2:

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il y a 3 ans 7 mois #32961

Merci, ce n'est que quelques souvenirs puisque son histoire est terminée.
Désormais elle n'est plus. Nous avons dut faire le nécessaire lundi dernier 16/12 pour éviter qu'elle souffre...

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il y a 3 ans 7 mois #32963

Ca fait beaucoup de peines, on passe vraiment de bons moments avec eux ,j ai perdu mon premier chien il y a 4 ans ,il avait la moelle épinière qui passait pas bien aux pattes arrières ,on allait chasser mais on faisait que le plat et puis une nuit ,il a fait un arret cardiaque ,je l ai retrouvé raide dans son panier le matin ,en 2009 quelques jours avant l ouverture ,il allait avoir 12 ans c était un braque français .
Que Tidjie repose en paix au pays de St Hubert.

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Modérateurs: Dragoonhub
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