Le Vocabulaire
de la Chasse
La chasse possède un langage qui lui est propre, forgé au fil des siècles par des hommes et des femmes passionnés de nature et de grand gibier. Maîtriser ce vocabulaire, c’est entrer pleinement dans la confrérie des chasseurs.
Les Gibiers & Animaux
Désignations et dénominations spécifiques
Le chasseur ne dit jamais simplement « un animal ». Chaque espèce, chaque âge, chaque sexe porte un nom précis. C’est la première marque du chasseur cultivé.
Tout animal sauvage chassé légalement. On distingue le petit gibier (lièvre, faisan, perdrix) du grand gibier (cerf, sanglier, chevreuil).
Le mâle du chevreuil adulte. La femelle s’appelle chevrette, et le jeune chevrillard.
Cerf dont les bois comptent dix andouillers. Le nombre de cors indique grossièrement l’âge et le développement du cerf.
Femelle du cerf. Le faon est le petit de moins d’un an, le daguet le cerf de 1 à 2 ans portant ses premières dagues.
Femelle du sanglier. Le sanglier mâle adulte est le verrat ou singulier. Les jeunes se nomment marcassins jusqu’à 6 mois, puis bêtes rousses.
Groupe de perdreaux ou de perches composé d’une famille. On parle de bande pour les grives, de harde pour le grand gibier.
Troupe de cerfs, daims ou chevreuils se déplaçant ensemble, notamment en dehors de la saison du rut.
Vieux sanglier mâle qui vit seul, séparé de la compagnie. Il est généralement le plus méfiant et le plus difficile à approcher.
Sanglier mâle de 2 à 3 ans, ayant ses premières défenses visibles mais pas encore solitaire.
Jeune lièvre de l’année. Le lièvre adulte est un bouquin (mâle) ou une hase (femelle).
Se dit d’un vieux cerf ou d’un vieux sanglier, particulièrement imposant et expérimenté, qui représente un trophée exceptionnel.
Terme collectif désignant tous les oiseaux chassables : faisans, perdrix, bécasses, canards, pigeons, grives, etc.
Le Chien de Chasse
Le compagnon indispensable du chasseur
Le chien est au cœur de la chasse française. Son vocabulaire reflète des siècles de sélection et de pratique. Connaître ses aptitudes et ses comportements, c’est savoir l’employer et le lire.
Action du chien qui cherche activement le gibier en explorant le terrain par des allers-retours méthodiques devant le chasseur.
Immobilité soudaine du chien d’arrêt qui a localisé le gibier par l’odorat. Il indique sa présence au chasseur en se figeant.
Qualité de l’arrêt : un chien est dit « ferme » lorsqu’il tient l’arrêt durablement sans bouger malgré les stimulations.
Le chien est « passé » lorsqu’il a dépassé la piste ou le gibier sans le détecter. Il doit être rappelé pour reprendre la recherche.
Piste olfactive laissée par le gibier sur le sol ou dans l’air. Le chien travaille « sur la voie » ou « hors de la voie ».
Aboyer en chassant. Un chien courant « donne bien de la voix » lorsqu’il annonce la piste par ses aboiements caractéristiques.
Action de rapporter : le chien porte le gibier abattu jusqu’au chasseur. Un bon chien rapporteur est dit « doux à la bouche ».
Chien, ou petit mustélidé domestiqué, utilisé pour déloger lapins et petits gibiers terriers de leurs gîtes souterrains.
Chien dressé à trouver et à tenir la voie d’un grand gibier, tenu en laisse. Utilisé traditionnellement dans la chasse à courre pour lancer le cerf.
Ensemble des chiens courants d’une vénerie. Une belle meute est homogène en gabarit et travaille en harmonie sur la voie.
Homme à cheval ou à pied chargé de conduire la meute à la chasse à courre. Son rôle est primordial dans la conduite des chiens.
Chien spécialement dressé pour retrouver le gibier blessé en suivant la piste de sang (la « voie de sang »). Souvent utilisé au sang.
Les grandes races françaises de chasse
- Épagneul Breton — polyvalent, arrêt et rapport, idéal pour la chasse en plaine et en forêt
- Braques français — puissants chiens d’arrêt, excellents sur perdrix et lièvres
- Grand Bleu de Gascogne — voix grave et mélodieuse, chien courant de grande tradition sudiste
- Griffon Nivernais — robuste et infatigable, terrain difficile et sanglier
- Basset Artésien Normand — petit courant idéal pour le lapin en terrain couvert
« La chasse est un art qui s’apprend, une passion qui se transmet et un respect qui s’exprime à travers les mots mêmes que l’on emploie. »
Tradition cynégétique françaiseTechniques & Pratiques
Les différentes formes et méthodes de chasse
La France compte une grande variété de modes de chasse, hérités de traditions régionales souvent multiséculaires. Chacun possède sa terminologie propre.
Mode de chasse collectif où des rabatteurs (les traqueurs) avancent en ligne dans les bois pour pousser le gibier vers des chasseurs postés (les tireurs). C’est la technique la plus utilisée pour le grand gibier en France. Le chef de battue dirige les opérations et est responsable de la sécurité.
Le chasseur se déplace seul, silencieusement, en traquant le gibier à vue ou aux indices. Elle demande une excellente connaissance du terrain, des mœurs du gibier et une condition physique irréprochable. C’est la forme la plus sportive et la plus solitaire de la chasse.
Technique consistant à se poster à un endroit stratégique et à attendre le passage du gibier, souvent à l’aube ou au crépuscule. L’affût peut se pratiquer au sol, dans un mirador (affût surélevé) ou dans un arbre. La discrétion et la patience sont essentielles.
Poste de tir surélevé, en bois ou métallique, permettant de dominer le terrain, d’améliorer l’angle de tir et la sécurité.
Emplacement assigné à un tireur lors d’une battue ou d’une chasse organisée. Changer de poste sans autorisation est une faute grave.
Action des rabatteurs dans une battue. « Faire la traque » c’est avancer dans le bois pour déloger et diriger le gibier.
Moment où le gibier est levé et part en course. On dit qu’un cerf est « lancé » quand la chasse à courre est officiellement débutée.
Chasse aux migrateurs (canards, bécasses) depuis une hutte camouflée, souvent en zone humide, avec appelants vivants ou artificiels.
Oiseau vivant ou leurre sonore/visuel utilisé pour attirer le gibier à plume vers le poste du chasseur.
Installation traditionnelle du Sud-Ouest pour la chasse aux palombes (pigeons ramiers). Comprend filets, miroirs pivotants et appelants.
Affût flottant ou posé sur l’eau, camouflé en végétation, pour la chasse aux canards et oies sauvages.
Vénerie & Grande Chasse
L’art noble de la chasse à courre
La vénerie est l’art de chasser avec une meute de chiens courants à cheval ou à pied. Ses traditions et son vocabulaire remontent au Moyen Âge. C’est la forme de chasse la plus codifiée et la plus ritualisée.
Sonnerie de trompe annonçant que la bête est aux abois, acculée par la meute. C’est le moment le plus solennel de la chasse à courre.
Se dit du gibier (cerf, sanglier) que les chiens ont arrêté et entourent. L’animal n’a plus d’issue et fait face à la meute.
Récompense donnée aux chiens après la prise. La curée chaude est donnée sur la dépouille même de l’animal. Rituel fondateur de la vénerie.
Instrument de cuivre circulaire utilisé pour communiquer entre chasseurs. Chaque sonnerie a une signification précise et codifiée.
Moment où la meute perd la voie. On est « au défaut » quand les chiens ne trouvent plus la piste du gibier chassé.
La meute « change » quand elle abandonne la voie du gibier lancé pour en suivre un autre. Faute grave dans la vénerie.
Ensemble complet d’une vénerie : le maître d’équipage, les veneurs, les piqueux, les chiens et leurs chevaux.
Se dit du gibier qui prend une grande avance sur la meute. Un cerf qui forlonge peut compromettre la chasse.
Manœuvre du gibier pour perdre les chiens : nager dans un cours d’eau, revenir sur ses pas, se mêler à d’autres animaux.
Moment où la chasse se déroule parfaitement : les chiens sont réunis, sur la voie, donnant de la voix ensemble. Le chasseur crie « bien aller ! »
Armes & Équipements
Le matériel du chasseur et son vocabulaire
Diamètre intérieur du canon d’une arme, exprimé en mm (carabine) ou en numéro de jauge (fusil de chasse : 12, 16, 20).
Fusil de chasse dit « côte à côte » dont les deux canons sont placés l’un à côté de l’autre horizontalement. Classique et élégant.
Fusil de chasse dont les deux canons sont superposés verticalement. Apprécié pour sa précision, notamment au ball-trap et à la bécasse.
Étranglement en bout de canon qui règle la dispersion des plombs. Du choke « skeet » (ouvert) au full choke (serré), selon la distance de tir.
Munition contenant de multiples billes de plomb ou d’acier (n°7 à 9 pour petits gibiers, n°4 à 6 pour lapins et faisans).
Projectile unique utilisé pour le grand gibier, soit en carabine rayée, soit en cartouche de fusil lisse (brenneke, sabot).
Fusil à canon rayé, précis à longue portée, utilisé pour le grand gibier (cerf, sanglier, chevreuil). Calibres courants : 30-06, .308, 7×64.
Tir vers le bas, depuis un poste en hauteur (mirador). Plus sûr qu’un tir horizontal ou montant car la balle s’arrête dans le sol.
Optique montée sur carabine pour améliorer la précision à distance. Grossissement et réticule choisis selon l’usage et le terrain.
Outil indispensable pour le dépeçage et la venaison. Lame robuste, souvent accompagnée d’une scie pour les os.
Traces & Indices
Lire la forêt comme un livre ouvert
La lecture du terrain est un art majeur de la chasse. Le chasseur aguerri déchiffre les moindres indices laissés par le gibier pour connaître ses déplacements, ses habitudes et son état.
Trace des sabots ou pattes dans le sol. La forme et la taille permettent d’identifier l’espèce, le sexe et l’âge approximatif de l’animal.
Ensemble des empreintes successives qui révèlent l’allure du gibier : pas, trot, galop. L’écart entre foulées indique la vitesse.
Terme spécifique pour les crottes du cerf ou du chevreuil. Leur forme, couleur et consistance renseignent sur l’alimentation et la saison.
Marques laissées par le sanglier qui fouille le sol avec son boutoir (groin). Indices caractéristiques de sa présence dans un secteur.
Écorces raclées sur un arbre par les bois d’un cervidé qui nettoie son velours ou frotte pour marquer son territoire.
Chemin habituel emprunté par un animal. La vermille d’un sanglier est un passage régulier visible dans la végétation.
Mare boueuse où le sanglier se roule pour se rafraîchir, se débarrasser des parasites et renforcer son odorat. Indice certain de présence.
Peau vascularisée qui recouvre les bois en croissance des cervidés. Le cerf « perd son velours » à la fin de l’été en le frottant contre les arbres.
Terme générique pour les déjections du gibier. Chaque espèce a des laissées caractéristiques en forme, taille et composition.
Zone d’alimentation fréquentée par le gibier, généralement à l’aube et au crépuscule. Prairie, champ, lisière : lieux privilégiés pour l’affût.
Saisons & Réglementation
Le cadre légal et les périodes cynégétiques
Date à partir de laquelle la chasse est autorisée pour la majorité des espèces. En France, elle varie selon les départements, généralement en septembre.
Date limite de la saison de chasse pour une espèce donnée. Respecter les dates d’ouverture et fermeture est une obligation légale absolue.
Système de régulation fixant le nombre d’animaux à prélever sur un territoire donné, par espèce, sexe et classe d’âge. Obligatoire pour le grand gibier.
Nombre de têtes de grand gibier accordées à un territoire dans le cadre du plan de chasse, par la fédération de chasse.
Marques officielles et numérotées à apposer sur l’animal dès sa mort. Chaque bracelet correspond à une attribution du plan de chasse.
Association Communale de Chasse Agréée. Structure de gestion de la chasse sur le territoire d’une commune. La plupart des chasseurs en sont membres.
Surface délimitée sur laquelle s’exerce un droit de chasse, qu’il soit loué, privatif ou communal. La superficie minimale légale est de 20 hectares.
Document officiel délivré après examen (théorique et pratique) et validation annuelle. Sans lui, il est interdit de chasser en France.
Paiement annuel permettant d’activer le permis de chasser pour la saison. Elle s’accompagne obligatoirement d’une assurance responsabilité civile chasse.
Animal dont la chasse est interdite toute l’année. La liste est définie par arrêté ministériel. La chasser constitue une infraction pénale grave.
Le Tableau de Chasse
De l’animal au gibier : terminologie de la prise
Après le tir, le vocabulaire de la chasse décrit avec précision les opérations de venaison, du coup de feu à la table. C’est la dernière étape, qui se doit d’être réalisée avec soin et respect.
Terme général pour la viande de gibier, et également pour l’ensemble des opérations de traitement de l’animal après la chasse (saignée, éviscération, dépeçage). La bonne venaison commence immédiatement après la mort de l’animal.
Ensemble des animaux prélevés lors d’une journée de chasse, exposés et comptabilisés en fin de journée. Il traduit le résultat de la chasse et doit correspondre aux attributions légales. On dit aussi « faire un beau tableau ».
Première opération après la mort : incision pour vider le sang de l’animal, afin d’améliorer la conservation et la qualité de la viande.
Retirer les viscères (estomac, intestins, poumons) de la cavité abdominale le plus tôt possible après la mort pour éviter la décomposition.
Pièce prélevée sur l’animal en souvenir : bois de cerf, défenses du sanglier, crâne. Le trophée est évalué selon des critères précis (masse, envergure).
Chacune des ramifications des bois d’un cervidé. Leur nombre et leur développement permettent d’évaluer l’âge et la valeur trophée du cerf.
Canines développées du sanglier mâle, aussi appelées « boutières » (les deux inférieures) et « grès » (les supérieures, qui affûtent les boutières).
Animal touché mais non récupéré immédiatement. La recherche du blessé est une obligation morale et éthique absolue du chasseur.
Action de mettre fin aux souffrances d’un animal blessé mais non mort. Obligation légale et éthique du chasseur.
Corps de l’animal après sa mort. Traiter la dépouille avec soin et rapidité est le signe d’un chasseur respectueux.
Les règles d’or de l’éthique du chasseur
- Ne tirer qu’à distance raisonnée, sur cible identifiée avec certitude
- Rechercher systématiquement tout animal blessé
- Respecter scrupuleusement les dates et quotas légaux
- Laisser le territoire en meilleur état qu’on ne l’a trouvé
- Valoriser l’intégralité de l’animal prélevé
- Ne jamais braconner ni chasser sans autorisation



